Entretiens du nouveau monde industriel

18, janvier 2010  |  Publié : Design of New Industrial World, Events, Séminaires  | 

cap digital

 

Thèmes des Entretiens précédents :

L’innovation ascendante (2007)
Les réseaux sociaux (2008)
Les objets communicants et le nouveau système des objets (2009)
Nanomondes et imaginaires de l’hyperminiaturisation (2010)
Confiance, croyance, crédit dans les mondes industriels (2011)
Digital Studies: organologie des savoirs et technologies de la connaissance (2012)
Le nouvel âge de l’automatisation (2013)
La « vérité » du numérique (2014)
La toile que nous voulons (2015)
Penser l’exosomatisation pour défendre la société (2016) Programme

 

27-11-2007: Allocution d‘ouverture

  • Agnès Saal, Directrice Générale du Centre Pompidou
  • Alain Seban, Centre Pompidou

27-11-2007: Contour du nouveau monde industriel

Au XXème siècle, la vie quotidienne a été fondamentalement marquée par la place que le design a prise dans la production industrielle : l’art, devenu avec la modernité une exploration systématique de tous les possibles, donnant « des coups de boutoir dans tous les sens », a contribué en nouant une relation fonctionnelle avec l’industrie à ce qui allait aboutir à un processus de transformation planétaire aussi bien technologique que culturel.
Ce devenir, qui conférait à la vie esthétique une vocation économique, se concrétisa au moment où les publics relations, qui devinrent bientôt le marketing, inventèrent aux Etats-Unis la figure du consommateur.
Désormais, tandis que le capitalisme est lui-même qualifié de culturel, c’est la conception au sens le plus large (comme recherche scientifique, comme nouveaux modèles économiques et politiques de socialisation, comme design et comme création artistique) qui vient au cœur du processus industriel – ce que l’on appelle aussi l’industrie de la connaissance, les sociétés de savoir ou le capitalisme cognitif. Les possibilités de la technologie paraissant illimitées, les destinataires des produits et des services semblent de moins en moins se satisfaire du rôle passif de clients ou d’usagers, et vouloir devenir de plus en plus des contributeurs et des praticiens – c’est-à-dire, aussi, redevenir des citoyens. C’est dans ce contexte qu’est remis en cause le circuit recherche/développement/ design/marketing/distribution.

27-11-2007: Amateurs, lien social et spécialisation

Le premier secteur économique où se concrétisent ces transformations est celui des nouveaux médias. Il résulte de la convergence des technologies culturelles et des technologies cognitives intégrées par la numérisation. Social engineering et technologies de l’individuation se développent sur le Web qui devient ainsi un milieu participatif où échangent des amateurs – pour le meilleur et pour le pire : l’amateur peut devenir ce que l’on appelle au Japon un otaku, le user profiling au service de l’hyper-segmentation aggravant ainsi la désindividuation ; le syndrome de saturation cognitive empoisonne les systèmes d’information et le déficit attentionnel semble se généraliser. Dans le même temps, les technologies d’autoproduction et de diffusion qui deviennent de plus en plus largement accessibles font apparaître une nouvelle forme d’attention appareillée, une attention active parce que participative (Katherine Hayles, professeur à Los Angeles, parle d’ « hyper attention »).

27-11-2007: Nouvelles méthodologies de design

Dans ce milieu technologique de plus en plus participatif, le consommateur devenu praticien ne peut plus être appréhendé comme un simple « utilisateur final » (end user). La recherche technologique et le design doivent coopérer pour l’intégrer très en amont en mettant en œuvre de nouvelles méthodologies, comme celles qu’expérimente le design de process – la place et la responsabilité du designer dans le processus de conception ne cessant de s’étendre –. Dans ce contexte, les technologies cognitives font appel à de nouveaux modèles théoriques et méthodologiques, qui vont de ce que l’équipe COSTECH (UTC) a appelé la « phénoménologie expérimentale », jusqu’à ce qui se présente aujourd’hui comme une cognition de l’attention. C’est ainsi que se dessine une méthodologie de design ouverte à des pratiques actives et instrumentées par opposition à des usages proches de la simple consommation.

28-11-2007: Enjeux des micro et nanotechnologies

L’extrême miniaturisation et les nouvelles liaisons sans fil transforment insensiblement mais radicalement le rapport entre les corps humains (et leurs cerveaux), devenus porteurs de fonctions technologiques toujours plus sophistiquées, et le milieu industriellement appareillé, où ils baignent presque en permanence. Cette mutation du milieu technosocial est évidemment aussi ce qui induit une mutation des conditions de la socialisation des individus. Dans le même temps, après le « génie des matériaux » qui fut une méthode de direction de la recherche en physique appliquée, et après ces immatériaux que furent les matériels et dispositifs informationnels médités et mis en scène par Lyotard au Centre Pompidou dès 1985, la nanoplasticité bouleverse la distinction traditionnelle entre la forme et la matière. Nanoplasticité par où apparaissent des hypermatériaux dits nanostructurés, aux propriétés très éloignées de ce qui se trouve dans la nature, et élargit à des dimensions aussi bien cosmiques qu’éthiques les questions du design qui paraît devenir total.

28-11-2007: Nouvelles interfaces, multi-modalité et la question du corps

Depuis le début du processus d’hominisation, les organes de perception n’ont cessé de se trouver agencés avec des dispositifs techniques (techniques du corps, outils mnémotechniques) puis technologiques (machines, appareils, puces, prothèses sous-cutanées) par où les relations entre les sens ont formé des circuits engendrant des symboles, des pensées, des objets, des produits, des services, des organisations sociales…. Dans ce devenir, les nouvelles interfaces multimodales (ou multi-sensorielles), actuellement développées dans les laboratoires, préfigurent certaines situations qui seront amplifiées et généralisées par l’avènement des micro et nanotechnologies, et replacent le corps au centre du monde numérique. Après le développement des espaces et des temps numériquement virtuels (mais tout espace, qui n’est pas le « là où je suis », et tout temps qui n’est pas le « maintenant présent », sont virtuels) qui semblaient conduire à une véritable désincarnation des corps, ceux-ci reprennent une place prépondérante, tandis que la transformation des milieux vitaux vectorisés par les technologies transformationnelles ouvre la question d’une écologie numérique, micro-technologique, biotechnologique et nanotechnologique, où la virtualité devient une hyper-réalité.

28-11-2007: Objets communicants, web participatif et web pervasif

La mobilité et les objets communicants sont les technologies les plus largement socialisées de ce qui semble conduire à une véritable incarnation des artefacts industriels par les individus psychiques et tout se passe comme si le sens de ce que Leroi-Gourhan appelait un « processus d’extériorisation technique de l’humain » – comme délégation de ses fonctions vitales vers la technique – commençait à s’inverser. La convergence des technologies transformationnelles et des milieux pervasifs paraissent engager un processus d’intériorisation de la technique qui rompt avec les deux millions d’années au cours desquels se déroula l’hominisation comme extériorisation, et l’on peut en ce sens s’interroger en termes de « rupture anthropologique » – et se demander jusqu’à quel point ce renversement préserve non seulement l’intégrité individuelle, mais la sociabilité des organisations collectives. Des fonctions essentielles à la constitution de tout collectif humain, comme les dispositifs cardinaux et calendaires d’orientation dans le temps et dans l’espace, s’intègrent en services d’assistance à l’existence où l’on peut aussi bien projeter les technologies de contrôle les plus sophistiquées. Il se joue là une immense transformation organologique (des organes du corps, des organes artificiels et des organisations sociales où ils s’agencent) où la question essentielle est sa capacité à produire un lien social – plutôt que des individus sous contrôle.

28-11-2007: Nouveaux modèles économiques, questions juridiques, éthiques et sociétales

Ces mutations s’opèrent tandis que les industries culturelles et les industries de programmes qui auront été les bras séculiers de la société consumériste apparue au XXème siècle sont totalement bouleversées, et très gravement menacées, depuis l’industrie du disque jusqu’aux canaux de télévision en passant par la presse écrite qui fut la base de la république des lettres – comme le soulignait récemment Al Gore. La société des réseaux numériques engendre le passage des audiences de masse aux publics hypersegmentés – avec les problèmes déjà évoqués de nouvelles formes de désindividuation qui peuvent s’y produire. En outre, une indexation généralisée de tout objet matériel ou intellectuel semble devenir possible, de la puce RFID à la généralisation de la norme IPV6, nouveau standard du protocole internet, dont la puissance combinatoire permettrait en théorie d’encoder chaque atome de l’univers. On voit ainsi l’ingénierie des métadonnées entrer en relation directe avec les structures élémentaires de la matière qui semble ainsi déployer sous nos yeux sa définition quantique par l’énergie et l’information – où l’opposition forme/matière n’a plus cours. Mais ce sont aussi des possibilités technologiques de duplication de toutes choses qui se généralisent ainsi en remettant radicalement en cause le principe juridique qui supposait le droit de la propriété comme base de l’investissement. En tenant compte du bouleversement induit par les méthodologies de développement basées sur le logiciel libre et sur la diffusion de contenu sous licence Creative Commons, la session finale de ces Entretiens du nouveau monde industriel abordera quelques exemples de nouveaux modèles économiques en insistant sur les questions juridiques, éthiques et sociétales qu’ils soulèvent. En d’autres termes, le cas de la communauté du logiciel libre sera examiné sous l’angle de son design, c’est-à-dire tel que cette communauté sait ou ne sait pas aujourd’hui traiter les questions de pratiques des non-développeurs.

28-11-2007: Conclusion

Design et innovation ascendante

La première édition des Entretiens du nouveau monde industriel, qui s’est déroulée les 27 et 28 novembre 2007, avait pour objectif d’engager une réflexion sur les enjeux de l’innovation dite ascendante, et liée aux technologies collaboratives, du point de vue du design et de la conception industrielle, et à l’époque où les technologies numériques se généralisent comme les technologies cognitives et comme les technologies culturelles, et au moment où émergent les technologies transformationnelles (biotechnologies et nanotechnologies).
Les mutations qui en résultent, et les contradictions qu’elles génèrent, imposent en effet de repenser les pratiques du design et de la recherche & développement, et leurs implications du point de vue social et économique. Le modèle industriel forgé au XIXème siècle, qui a conduit après la seconde guerre mondiale à la planétarisation de la société de consommation, semble de nos jours à la fois rencontrer ses limites et ouvrir de nouvelles possibilités – en renversant l’opposition producteur/consommateur (en particulier dans le domaine du numérique), et en conférant à la matière aussi bien qu’au vivant une plasticité jusqu’alors inconcevable.
À travers un processus non linéaire où la séquence recherche / développement / design / marketing / distribution semble devenir caduque et requérir de nouvelles formes d’organisation de la société, comme le déploiement d’internet et les médias participatifs le rendent chaque jour plus manifeste, et où les possibilités de manipulation de la matière, du vivant et de l’information paraissent devenir illimitées, le design entendu en un sens élargi devient une activité de « sculpture » du social qui lui ouvre et lui assigne des perspectives et des responsabilités sans précédent – aussi exaltantes qu’écrasantes.
Une nouvelle relation entre conception industrielle et pratiques quotidiennes de l’existence est en cours de définition. Veiller sur cette nouveauté et tenter d’en prendre collectivement soin seront les thématiques consacrées à ces entretiens qui ambitionnent de renouveler la relation entre savoir et industrie en particulier pour esquisser les contours de nouvelles industries culturelles numériques.

3-10-2008: Allocution d‘ouverture

3-10-2008: Psychologie et réseaux sociaux

On sait depuis la théorie psychanalytique que le désir est intrinsèquement et originellement inscrit dans un nœud de relations sociales. On sait aussi qu’au cours des dernières décennies les réseaux sociaux traditionnels ont été largement bousculés, « déterritorialisés » comme le disaient Gilles Deleuze et Félix Guattari, voire purement court-circuités, par les réseaux technologiques apparus dans le monde industriel. Or, avec la numérisation, il semble que les nouvelles formes de réseaux technologiques, dits eux-mêmes « sociaux », ouvrent à nouveaux frais la question de l’investissement du désir, de la relation sociale et de l’attention au sens large. En même temps, ils rendent possibles des formes pathologiques de tels investissements, par exemple de nature addictive, ou transforment radicalement les conditions de l’attention, par exemple comme ce que Katherine Hayles nomme l’hyper attention.

  • Bernard Stiegler, Directeur, IRI / Centre Pompidou, Désir et relation sociale à l‘époque du social engineering
  • Antoine Masson, Professeur, Centre Chapelle-aux-Champs à Bruxelles, Universités de Louvain et Namur, Médiation technologique et modalités de désir et de transfert à l‘adolescence.
  • Elizabeth Rossé, Psychologue, Hôpital Marmottan, Désir et addiction dans la médiation technologique

3-10-2008: Anthropologie et réseaux sociaux

Ce que l’on appelle les réseaux sociaux dans le monde Internet repose sur la formalisation plus ou moins poussée et explicite des relations sociales par les technologies numériques. Les protocoles de participation conduisent en particulier les membres de ces réseaux à s’auto-décrire, à s’auto-indexer, et à produire des schèmes de relations sociales sous forme de métadonnées générées par eux-mêmes – consciemment ou inconsciemment. Le réseau est dit social d’abord pour cette raison. Et c’est ce qui conduit à une sorte d’automatisation des relations, fondée sur une opération d’explicitation de ces relations, et qui a pour conséquence de les transformer en profondeur – au point que l’on peut se demander dans quelle mesure une nouvelle forme de « conscience de réseau », c’est-à-dire d’appartenance, est susceptible d’y apparaître comme nouvelle forme de conscience critique, et comment tout au contraire une dissolution de la relation proprement sociale peut tout aussi bien en résulter. On examinera ainsi la double dimension potentiellement dynamique aussi bien que potentiellement réifiante des réseaux sociaux sur le plan socio-anthropologique.

  • Dominique Pasquier, Sociologue, Directrice de recherche au CNRS, La nouvelle génération à la recherche du lien social.
  • Dana Diminescu , Enseignant-chercheur à Telecom ParisTech, directrice scientifique du programme TIC Migrations FMSH Paris, L’appropriation des réseaux sociaux par les populations migrantes.
  • Questions-réponses
  • Richard Harper, Principal researcher, Microsoft Research, Cambridge, A sense of body : how digital preseence is shifting the relationship between bodyliness and human identity ?

3-10-2008: Economie et réseaux sociaux

Les réseaux sociaux numériques se développent dans un contexte où le modèle classique de l’économie industrielle reposant sur une organisation « top down » est diversement mis en question tandis que se développe un marketing participatif aussi tâtonnant que vibrionnant – le tout sur un fond de crise financière mondiale d’une ampleur telle que certains économistes, comme André Orléan, explorent désormais l’hypothèse d’un commerce (c’est-à-dire d’une organisation des échanges) qui ne serait plus fondé sur les relations uniquement déterminées par les marchés. C’est aussi dans ce contexte que l’on examine désormais la nécessité de définir de nouveaux types d’indicateurs économiques qualitatifs et relationnels. Enfin, s’il est vrai que le « branding » aura dominé les dernières décennies en organisant ou en surdéterminant les relations sociales, on peut se demander si les réseaux sociaux n’ouvrent pas la possibilité de dépasser le modèle économique fondé sur la marque et si les technologies du social ne deviennent pas le savoir économique, managérial et politique stratégique.

  • Michel Gensollen, Chercheur associé au département Sciences Economiques et Sociales de Telecom ParisTech, Economie des communautés médiatisées.
  • Bernard Benhamou, Délégué aux Usages de l‘Internet, Ministère de l‘Enseignement supérieur et de la Recherche

3-10-2008: Enjeux technologiques et industriels des réseaux sociaux et du Web collaboratif

Cette session organisée en collaboration avec l’INRIA et l’Institut TELECOM fera un état de l’art des technologies mises en œuvre et dessinera les perspectives de développements à court et moyen terme dans le domaine des industries de la relation sociale en quoi consistent les réseaux sociaux numériques. Elle traitera tout aussi bien des questions d’infrastructures de réseaux qui conditionnent l’émergence de ces technologies sociales, et en particulier du point de vue de l’avenir du protocole Internet en cours de discussion dans le cadre de l’IPV6. Enfin, elle restituera ces réseaux dans le contexte de l’actuelle activité économique et entrepreneuriale fondée sur ces technologies également appelées relationnelles.

  • Olivier Auber, Directeur, Laboratoire Culturel A+H/ANOPTIQUE, Enjeux de l’IPV6.
  • Francis Jutand, Directeur scientifique, Institut TELECOM, Les technologies de la collaboration.
  • Serge Abiteboul, Directeur de recherche, INRIA Saclay – Ile-de-France, La gestion des données dans les réseaux sociaux.
  • François Bourdoncle, Co-fondateur, Exalead, Le modèle de développement d’Exalead dans le contexte des réseaux sociaux.

3-10-2008: Carrefour des possibles proposé par la FING

Découverte d‘usages numériques en relation avec les réseaux sociaux et les technologies collaboratives, suivi de la rencontre avec les porteurs de ces projets.

4-10-2008: Individuation, contrôle et réseaux sociaux

La conception des technologies sociales et relationnelles est elle-même de plus en plus structurellement sociale et relationnelle. Le feed-back des pratiques sur la spécification en constitue désormais un élément dynamique majeur. Pour autant, la question reste intacte de concevoir des formats de données et des fonctionnalités primitives qui permettent un tel feed-back – et celui-ci peut être mis au service aussi bien d’une individuation psychique et collective assistée par ordinateur que d’une désindividuation et d’un contrôle occulte par les technologies de traçabilité innombrables qui se développent entre cookies, objets communicants, géolocalisation, etc. Ici, R&D, design et marketing distribués sont à repenser comme éléments clés du savoir émergent que forment les technologies stratégiques du social engineering.

  • Alain Mille, Professeur des Universités, Directeur de recherche (Equipe Silex, Laboratoire Liris UMR 5205 CNRS, Le concept de M-traces (ou traces modélisées).
  • Jean-Louis Fréchin, Designer-Architecte NoDesign.net – Directeur de Atelier de Design Numérique ENSCI-Les Ateliers, « Vous êtes ici » : Cartographie numérique et mobilité.
  • Pierre-Antoine Chardel, Maître de conférences, Responsable du groupe de recherche « Ethique, Technologies, Organisations, Société », Institut TELECOM, Nomadisme, contrôle et perte d‘individuation.
  • Marc Davis, Chief Scientist and Director of ESP, Yahoo! Connected Life, Yahoo! Inc.

4-10-2008: Réseaux sociaux et politique (eDémocratie et débat public)

Le déploiement des réseaux sociaux s’opère sur le fond plus vaste d’une généralisation de la société réticulaire, où la démarche hiérarchique traditionnelle est profondément mise en cause, et où des formes d’organisation sociale aussi bien que de pouvoir politique, économique, militaire et policier très inédites apparaissent – telles que la biométrie vient s’interfacer avec les technologies sociales numériques. Dans ce contexte, de nombreux modèles socio-politiques sont projetés et généralisés à partir de situations spécifiques qui se sont concrétisées historiquement en particulier avec les pratiques des hackers et le logiciel libre. Dans quelle mesure ces données déjà anciennes permettent-elles de penser le devenir des technologies sociales et relationnelles qui se forment avec les réseaux sociaux numériques ? Quelles perspectives géopolitiques planétaires peuvent s’y dessiner ?

  • Pekka Himanen, Philosophe, Ethique hacker et réseaux.
  • Ken Wark, Chair of Culture and Media Studies at Eugene Lang College and Associate Professor at the New School for Social Research in New York City, Les technologies relationnelles comme technologies politiques.
  • Alexander Galloway, Associate Professor of Media, Culture, and Communication (New York University), Géopolitique des réseaux sociaux.
  • Scott Lash, Director, Centre for Cultural Studies, Goldsmiths, University of London, Networks and democracy in China.

4-10-2008: Table ronde conclusive et dialogue avec la salle

Culture, politique et ingénierie des réseaux sociaux

La seconde édition des Entretiens du nouveau monde industriel poursuit et approfondit les réflexions engagées lors de l’édition 2007, autour de l’innovation ascendante et les enjeux du design à l’ère du capitalisme dit « culturel » et encore « cognitif ». Nous proposons cette année de poursuivre et d’étendre le débat à la question des réseaux sociaux et du social engineering dans l’environnement technologique et économique du Web 3.0 qui s’impose progressivement à tous les acteurs.
La première journée des Entretiens sera consacrée à une analyse des conditions sociologiques et psychologiques qui président à la constitution de ces réseaux sociaux, ainsi qu’à un état de l’art international des technologies et des stratégies industrielles déjà mises en œuvre ou à venir. La seconde journée portera sur leurs conséquences économiques et organisationnelles, et sur l’identification des opportunités d’innovatio, sociale comme des enjeux politiques et des menaces afférents à cette émergence du social engineering.
Un Carrefour des possibles de la FING (Fondation internet nouvelle génération) consacré à l’approfondissement des aspects technologiques, économiques et industriels de ces thématiques clôturera la première journée d’interventions.
Au cours des trois dernières décennies, avec l’apparition de ce que l’on a appelé la « télématique » (rapport Nora/Minc L’Informatisation de la société, 1978), puis avec l’installation mondiale du Web (1992), qui a rendu possible le développement de ce que nous appelons désormais les « réseaux sociaux » et du Web 2.0, la dissémination des technologies numériques dans toutes les couches sociales de tous les pays industrialisés transforme inexorablement les relations entre les individus, les groupes, les générations et les nations. Ces technologies relationnelles, afférentes à ce que Jeremy Rifkin regroupe plus généralement sous le terme de « technologies R », bouleversent non seulement les règles traditionnelles de l’économie et de l’industrie, mais également et plus profondément le processus d’individuation psychique et collective par lequel, selon le philosophe Gilbert Simondon, les appareils psychiques des individus ne se forment et se développent qu’en participant à la vie et à l’évolution des appareils sociaux.
Cette croissance spectaculaire des réseaux sociaux affecte ainsi tous les milieux et vient transformer les règles du jeu socio-économique dans son ensemble, notamment à travers les jeunes générations qui sont les premières concernées. En cela, nous pouvons et nous devons poser que les grands enjeux de conception industrielle de demain – que l’on définisse ceux-ci en termes de choix économiques, de politiques, d’investissements et de régulations, de recherche et de développement (R&D), de design, de management, de marketing ou de distribution – seront dans une très large mesure conditionnés par des choix et des processus qui se produiront du côté du social engineering.
Le social engineering est en effet ce qui permet la production de ces réseaux sociaux. Or, ceux-ci peuvent en première analyse se présenter plutôt comme des réseaux non sociaux, voire même anti-sociaux. Ils sont en effet généralement coupés de ce qui caractérisait jusqu’alors le social comme lié à un territoire, à une langue, à un héritage (religieux, politique ou culturel au sens le plus large), légué par des générations d’ascendants, et qui précède en principe le social comme son passé, et en cela, comme son sol commun. Pour ces Entretiens du nouveau monde industriel 2008, nous ferons en conséquence l’hypothèse que l’un des grands enjeux du monde industriel de demain est de créer les conditions – technologiques aussi bien qu’économiques et sociales – pour actualiser le potentiel de formation de nouveaux réseaux de relations sociales porté par les social networks. Ceci nous conduira à penser non seulement les règles de constitution et de développement des réseaux sociaux du Web 3.0 (alliance du Web sémantique et du Web social), mais également les conditions économiques et éthiques d’administration de ces nouveaux milieux souhaitables, c’est-à-dire les questions de la gestion, du contrôle, de la transparence et de l’e-démocratie.
Le design au sens le plus large, c’est-à-dire également comme R&D et comme initiative sociale issue de l’innovation ascendante, deviendra en conséquence de plus en plus dépendant d’une vision et d’une stratégie qui devront combiner approche experte top-down et indexation sociale bottom-up. Les Entretiens du nouveau monde industriel 2008 illustreront comment ce mouvement s’incarne dans la recherche comme dans l’industrie grâce à un renouvellement profond du développement dans les termes de ce que l’on pourrait appeler un design distribué, c’est-à-dire assumé par l’ensemble des acteurs de l’innovation qui sont aussi et d’abord, dans de véritables réseaux sociaux, les membres de ces réseaux eux-mêmes.

26-11-2009: Le retour de la matière

Les dernières décennies ont été dominées par le développement de ce que l’on a appelé le « virtuel », que l’on a opposé au « réel », et que l’on a assimilé à l’« immatériel ». Cependant, il n’y a aucune forme sans matière, et l’information est un état de matière. Avec l’internet des objets, c’est la matière qui revient au cœur des systèmes d’information. Il n’existe pas d’information sans supports matériels et réciproquement, ce qui signifie que le virtuel n’est pas l’opposé du réel : il en est la possibilité d’apparition et la profondeur de champ. Un indien Nambikwara projette dans la forêt amazonienne une virtualité foisonnante par laquelle ce milieu hostile est pour lui non seulement habitable, mais familier, constituant en cela sa réalité quotidienne. Un espace urbanisé est un réseau de rues, c’est à dire d’objets urbains nommés et en cela « étiquetés » et « virtualisés ». L’internet des objets communicants consiste en un étiquettage électronique et généralisé des objets industriels qui intensifie la virtualisation du réel, ce qui signifie qu’il constitue un nouvel espace relationnel – le virtuel est ce qu’actualisent des relations – où les objets faisant ainsi système transforment les relations entre les sujets, au risque parfois de les court-circuiter.

  • Introduction, Alain Seban, Président du Centre Pompidou
  • Objets réticulés et hyperobjectivité, B. Stiegler (IRI)
  • Nouveau monde industriel et nouveaux espaces du design, A. Cadix (ENSCI)
  • De l‘Internet mobile à l‘Internet des Objets : les enjeux économiques, technologiques et politiques, B. Benhamou, délégué aux usages de l’Internet
  • Le devenir-média des objets quotidiens, H. Verdier (Cap Digital)

26-11-2009: Le nouvel objet industriel

Le nouveau monde industriel produit un nouvel objet industriel – qui poursuit sur un autre mode ce que Simondon avait appelé le « processus de concrétisation » : ce néo-objet, comme l’appelle Jean-Louis Fréchin, enregistre des événements, en produit d’autres, s’agence à d’autres objets agis par des sujets, et produit ainsi lui-même des « actions » par le biais d’ « actionneurs ». Cet objet communicant « internetisé » est actif et visible du fait même de sa matérialité, tandis qu’il est porteur de qualités nouvelles, informationnelles, « virtuelles », et qui peuvent demeurer cachées, échappant au propriétaire de l’objet, et s’activant à son insu.
Le nouvel objet industriel, qui « s’anime », qui « raconte des histoires », tel un objet d’enchantement, est aussi un redoutable facteur du désenchantement dont Max Weber et Marcel Gauchet auront donné le sens historique : le nouveau système des objets, accentuant les effets déjà très réels de la traçabilité, paraît pouvoir dissoudre toute intimité, tout secret, toute singularité. Autrement dit, l’internet des objets constitue aussi le carrefour des possibles et des alternatives qui feront le nouveau monde industriel.

  • Designer les NéoObjets, JL Fréchin (No Design)
  • Les usagers dans les nouveaux objets numériques, Nicola Nova
  • La métamorphose des objets, F. Kaplan (EPFL)
  • Stratégie, vision de l’Internet des objets, JL Beylat (Alcatel Lucent)

26-11-2009: Nouveaux standards, nouveaux logiciels et nouvelles infrastructures pour les néo-objets

Il n’y a pas d’internet des objets sans capteurs, il n’y a pas de capteurs sans compatibilité et standards de communication, etc. L’histoire de la traçabilité des objets, qui commence avec le code à barres dans les années 1980, entame ainsi une longue histoire qui se poursuivra avec la nanostructuration des matériaux. La mémoire des nouveaux objets, comme celle de nos ordinateurs, est déportée vers les data centers qui la stocke et la gère selon les modèles du cloud computing. La normalisation pose cependant la question de savoir si la rematérialisation peut réintroduire le modèle de l’industrie des biens d’équipement, ou si c’est au contraire le modèle internet qui est appelé à redéfinir toute l’activité industrielle.
L’enjeu est plus que jamais celui du nouveau monde industriel, et qui fera bouger le modèle internet lui-même :
- soit en le soumettant aux logiques d’un contrôle centralisé, occulte et toujours plus puissant,
- soit au contraire en accentuant son caractère décentralisé et hautement contributif. Ici, se pose la question décisive de la définition des standards, de la régulation et de la transparence de la gestion des données.

  • Traçabilité : histoire et perspectives, Xavier Barras (GS1)
  • Le Cloud Computing et l‘internet des objets, Ch. Fauré (Cap Gemini)
  • Données ouvertes, données portables, que partageons-nous sur le Web ?, Valérie Peugeot (Sofrecom)

26-11-2009: Carrefour des possibles de la FING

Lieu de découverte d‘usages nouveaux qui dynamisent les échanges d‘informations et les partenariats. Le Carrefour des possibles organisé au sein des Entretiens du Nouveau Monde Industriel privilégiera la thématique des objets communicants.
- 19h : 10 projets innovants se présenteront (jeunes entreprises et laboratoires, associations et services publics, étudiants et créateurs, etc…). Un seul critère : la technologie mise au service de la créativité et des nouveaux usages. Une règle : l‘ouverture d‘esprit, la volonté de découvrir.
- 20h30 : Autour d‘un verre, les participants peuvent ensuite retrouver les porteurs de projets qui disposent chacun d‘un espace de démonstration pour détailler et démontrer leur idée. Le Carrefour des Possibles est organisé par la FING et rendu possible par le soutien de la Région Ile-de-France.APPEL A PROJETS FING

27-11-09: Innovation ouverte et objet inachevé

Le système des néo-objets pourrait-il devenir un vaste Mécano open source ? On parle désormais de hacking d’objet (aussi bien que de biosynthèse, sinon de nano-objets), do it yourself devenant le mot d’ordre en tous domaines dans ce qui se présente comme une économie générale de la contribution – où la valeur d’usage semble faire retour, ou bien faire place à une valeur pratique non-soluble dans la valeur d’échange : la valeur de l’objet se construirait dans ce qui ne serait plus seulement ou sa customisation, mais bien sa réalisation – au sein de communautés de praticiens partageant ces réalisations d’objets aussi bien que les partitions d’objets, ou spimes virtuels, dont ils sont des interprétations.
Le néo-objet, qui n’est plus le point de départ conduisant au développement de divers services autour de lui, est au contraire le point d’arrivée ménagé par un nouveau type d’industries d’équipements (c’est à dire d’instruments d’interprétation), dont l’imprimante 3D est le précurseur, permettant la concrétisation, dans un espace contributif, de réalisations qui remettent en cause la notion même de service : cet hyperobjet est aussi un objet relationnel où la fonction de production devient essentiellement une fonction de post-production, et où l’innovation ascendante devient une open innovation.

  • Du fabless au fablab, le modèle d‘innovation de l‘internet appliqué aux objets industriels, Daniel Kaplan, FING
  • Hackers and makers, Massimo Banzi (projet Arduino)
  • When connecting things becomes possible: 7 corners of an evolved networked Episteme, Julian Bleecker (Techkwondo)
  • Public objects: connected things and civic responsibilities in the networked city (Adam Greenfield, auteur de La révolution de l’ubimédia)

27-11-2009: Les nouveaux agencements d’objets

Une organologie tactile est apparue avec les objets communicants dont l’Iphone est le principal représentant, et sur laquelle enchaîne une organologie haptique qui n’engage plus seulement le doigt, mais aussi les mains et avec elles tout le corps et en premier lieu le toucher, aussi bien qu’une organologie du corps propre, de la cellule familiale et plus généralement des espaces domestiques – par des sous-systèmes d’objets à travers lesquels lesquels s’agencent les secteurs industriels des biens d’équipement aussi bien que des services et des opérateurs de réseau : ici se forme un nouveau système des objets précisément au sens où Jean Baudrillard pouvait en parler en 1968. Chaussure et Ipod, mais aussi ameublement, livre et ordinateur, et bien sûr fablabs : un « objet émancipateur » devient-il ainsi domesticable ? Un nouveau milieu d’individuation psychique et collective localisé est-il en cours de formation ?

  • Du transit à la reliance : le nouveau paradigme de la mobilité urbaine, Georges AMAR (RATP)
  • Phénoménologie du corps propre et de l’espace intime réticulés, François David Sebbah
  • Les marques à l’épreuve des néo-objets, Benoit Heilbrunn

27-11-09: L’industrialisation de l’objet transitionnel et la reconfiguration du temps et de l’espace intimes dans l’interobjectivité des réseaux

« Coder le savoir sur les individus », comme le dit Xavier Guchet dans un style à la fois foucaldien et deleuzien, tel est à nouveau l’enjeu (comme l’avait déjà décrit, dans une autre mesure, et en d’autres temps, Surveiller et punir). Et on peut le coder :
- pour eux-mêmes, c’est à dire dans une réflexivité critique de leurs propres pratiques, et de leurs propres productions objets ou d’agencements entre objets, et à travers ces objets, entre sujets, aussi bien que dans une critique des « partitions » (spimes) qui en sont les capsules virtuelles,
- ou bien à leur insu, en faisant d’eux les hyperconsommateurs contribuant passionnément et aveuglément à une forme extraordinairement sophistiquée de servitude volontaire.
Telle serait peut-être finalement la grande alternative ouverte par cette « interobjectivité ». Car si la traçabilité devient permanente, hors temps de connexion délibérée, les objets étant eux-mêmes connectés en permanence, et les réseaux locaux qu’ils forment assurant au réseau mondial leur « reporting » objectal, sinon objectif, deux questions seront ici examinées pour instruire les termes d’une telle alternative (qui conduiront comme toujours à un compromis) :
- l’examen d’une histoire de la formation du couple public/privé, appréhendé d’un point de vue anthropologique, c’est à dire en extériorité par rapport à la définition occidentale de cette relation, et l’examen de la possibilité hypothétique de sa disparition,
- l’examen de ce qu’il en est de l’intimité aujourd’hui, et de ce qu’il pourrait en être dans ce réseau d’objets rapporteurs, au moment où l’on s’interroge de nos jours sur ce que Roland Gori appelle l’extime.

  • Le consommateur mis au travail, Marie-Anne Dujarier
  • L’extime, Alain Abelhauer
  • Anthropologie de l’intimité, Jean-Paul Demoule

Le nouveau système des objets

L’émergence des technologies de capteurs et d’actionneurs, qui se concrétisent comme « internet des objets » (internet of things), et qui enchaînent sur l’immense développement des technologies de traçabilité qui sont déjà au cœur du modèle économique d’internet, reconfigure l’agencement du virtuel et du réel tout en rematérialisant l’information. C’est un nouveau « système des objets » qui se forme ainsi.
Tout objet humain est technique, et tout objet technique est inscrit dans un système technique, comme Jean Baudrillard le rappelait dans Le système des objets en citant Gilbert Simondon. L’objet industriel devenu systémiquement communicant, c’est à dire émetteur et récepteur d’informations – souvent à l’insu de son propriétaire – , constitue un système d’objets tout à fait nouveau qui dominera à n’en pas douter l’organisation industrielle du XXIè siècle, et transformera les espaces quotidiens publics aussi bien que privés dans leurs couches les plus profondes aussi bien qu’à leurs surfaces mêmes.

Nanomondes et imaginaires de l’hyperminiaturisation
(Contribution de l’imaginaire des nanotechnologies au nouveau monde industriel)
14 et 15 décembre 2010
Centre Pompidou, Grande salle
Les entretiens 2010 dans Lignes de tempsTélécharger le programme des Entretiens 2010S’il faut parler de nouveau monde industriel – au sens où une industrie est en premier lieu un processus de transformation technologique de la matière – , c’est bien avec les nanotechnologies et ce que l’on appelle le « nano-monde » que cela s’impose.Lorsque Bill Clinton lança la National Nanotechnology Initiative c’était en posant que les technologies d’exploitation et de transformation de la matière à l’échelle nanométrique permettrait d’envisager une nouvelle économie, cependant que l’atteinte des limites à l’exploitation micro-électronique de la matière semblait avérée. La « loi de Moore », aussi sujette à discussion qu’elle puisse être (et ces nouveaux Entretiens en feront un sujet de débat), a mis la microphysique au cœur du développement économique depuis les premiers transistors jusqu’aux microprocesseurs, c’est à dire aux puces électroniques. Et elle montre que loin d’être « immatérielle », l’économie numérique est au contraire extrêmement liée aux technologies de la matière. La micro-électronique est cependant réputée devoir atteindre ses limites à une échéance prochaine. Or, c’est la réduction vertigineuse des coûts de la mémoire électronique qui a permis l’expansion des technologies numériques, en particulier depuis la constitution du world wide web, dont il a résulté une pratique massive d’internet qui a bouleversé les modèles industriels des télécommunications aussi bien que de l’informatique et de l’audiovisuel – et bien au delà : commerce, rapport à l’espace et au temps, savoirs, presse, débat public, etc. C’est d’abord de ce point de vue que la question a été posée de passer d’une industrie de transformation de la matière à l’échelle du millionième de mètre à la nano-industrie, c’est à dire aux matériaux nanostructurés au milliardième de mètre.Bien au-delà du numérique, ce sont cependant les domaines des matériaux (bâtiment, métallurgie, etc.), de la médecine, des biotechnologies, notamment, qui sont concernés. Tous les domaines du secteur industriel semblent en fin de compte impliqués par ce que l’on décrit parfois comme la nouvelle convergence (après celle de l’informatique, des télécommunications et de l’audiovisuel). Tel est l’enjeu de ce que nous décrirons au cours de ces Entretiens 2010 comme un processus d’hyper-miniaturisation. Ce devenir qui ouvre une série de possibilités inouïes, soulève autant de questions économiques, politiques et épistémologiques. L’hyper-miniaturisation fait passer le monde industriel à l’échelle quantique dont les lois sont tout autres qu’à l’échelle macro-physique (et relèvent d’une « hypermatière », c’est à dire d’un couple énergie/information où l’opposition entre la matière et la forme n’a plus cours : la matière s’y « présente » précisément comme une forme). Et ce que l’on appelle les « nanoparticules » issues de cette hyper-miniaturisation trouble les frontières par lesquelles les organismes vivants se distinguent de leurs milieux extérieurs.Le changement d’échelle est l’enjeu de nouveaux imaginaires où se projette le « nano-monde » – parmi lesquels on peut distinguer :

  • les imaginaires de l’industrie, et de l’histoire nouvelle qu’elle nous raconte à travers la conquête de la nano-dimension qui permettrait de maintenir ouvertes les possibilités d’innovation industrielle et l’activité économique dans son ensemble ;
  • les imaginaires scientifiques tels qu’ils passent par une technologie de l’imagination (au sens fort de la production d’images) de ce qui, à l’échelle nanométrique, n’est pas visible, et que le microscope à effet de tunnel permet de manipuler, mais aussi de figurer par des artefacts graphiques ;
  • les imaginaires sociaux traversés et surcodés aussi bien par les pratiques littéraires de la science-fiction que par les discours politiques et les débats citoyens – dans un contexte de crise économique et morale mondiale.

Nous faisons aussi l’hypothèse que des imaginaires économiques et politiques nouveaux, tels qu’ils permettraient de projeter et de désirer un avenir technologique et industriel raisonné, réfléchi, débattu et partagé par la société, passe par l’intégration des questions nanotechnologiques avec celles que nous avions soulevées dans les éditions précédentes des Entretiens du nouveau monde industriel : l’innovation ascendante, les technologies relationnelles réticulaires et les objets communicants – opérateurs technologiques qui transforment le monde quotidien en profondeur.
Cette transformation est déjà largement entamée. La quatrième édition des Entretiens du nouveau monde industriel s’efforcera d’intégrer ces questions.

PROGRAMME INDICATIF DES SESSIONS (en cours de finalisation):

Première journée: Mardi 14 décembre 2010

9h30-13h00: Imaginaires industriels et hyperminiaturisation

En partant de la Loi de Moore, premier story-telling mondial, on analysera comment les road-maps, et notamment celles des entreprises liées aux nanotechnologies, structurent le temps de l’innovation en construisant des récits du futur. On examinera dans quelle mesure ces récits font émerger un nouvel imaginaire industriel.

9h30-12h30
Introduction de Bernard Stiegler (IRI)
Intervenants : Sacha Loeve (Paris I), Françoise Roure
(Ministère de l’Industrie)

12h30-13h00
Table ronde animée par Sacha Loeve (Paris I)

14h30-16h30: Imaginaires scientifiques

Les imaginaires scientifiques sont dans le champ des nanotechnologies, une composante en soi de la recherche et héritent de généalogies différentes. Nous proposons d’appréhender ces imaginaires d’une part au travers des objets de laboratoire, médiateurs obligés, et par le vecteur de la production/diffusion des images.

Introduction : Sacha Loeve (Paris I)
Dialogues : Andrew Mayne (Univ. Paris Sud) et Catherine AllamelRaffin (Univ. de Strasbourg)
Christian Joachim (CEMES) et Sacha Loeve (Paris I)
Laurent Gouzènes (Consultant) et Jean-Luc Beylat (Alcatel Bell Labs

17h00-19h00: Imaginaires anthropologiques

L’homme s’est humanisé en se projetant dans des outils. Son évolution s’est faite dans le sens d’une extériorisation de ses différentes fonctions biologiques. Or, les nanobiotechnologies – vecteurs médicamenteux, nano-dispositifs de type biopuce, nano-implants – nous confrontent à une situation inédite : qu’en est-il du sens de l’évolution humaine dès lors que les artefacts investissent le corps ? On s’appuiera sur des recherches en cours pour interroger les représentations de l’homme futur et la prothéticité.

17h00-18h30
Introduction & Modération par Xavier Guchet (Paris I)
Intervenants : Daniela Cerqui (Univ. de Lausanne), José-Alain
Sahel (Institut de la vision), Patrick Couvreur (Collège de France)

18h30-19h00
Table-ronde animée par Xavier Guchet et Bernard Stiegler

Seconde journée: Mercredi 15 décembre 2010

9h30-12h30: Design et outils de représentation

Au delà de la manière dont le récent débat public sur les nanotechnologies piloté par la CNDP a été géré, sur laquelle on pourra revenir, on analysera la façon dont les recherches en nanotechnologies sont devenues un « terrain d’expérimentation » pour construire de nouveaux rapports entre science et société et faire émerger une « société de la connaissance ». Les nanos induisent pour les designers un renouvellement des rapports habituels entre forme et matière. Ce rapport est notamment bouleversé tout d’abord dans le design utilisant déjà des nanoparticules, ou même des micro-surfaces ou micro-peaux mais surtout du fait que le nanomonde ne s’appréhende que par des outils de médiation du réel : instrumentation, discrétisation, représentation de données, simulation, transmodalité .

9h30-10h45
Introduction de Alain Cadix (ENSCI)
Intervenants : Patrick Pajon (Centre de Recherche sur l’Imaginaire), Sylvie Tissot (Quantum design)

11h00-12h00
Projection du film Puissances de dix (1977)
de Charles et Ray Eames
Modération par Jean-Louis Fréchin (ENSCI)
Intervenants : Gilles Belley et Jean-François Dingjian, Designers

12h00-12h30
Modération par Marie-Virginie Berbet, designer
Présentation du travail des élèves designers sur design/nano et
biotechnologies dans le cadre d’un studio expérimental à l’ENSCILes Ateliers

14h00-19h00: Imaginaires politiques et ingénierie du débat public

On analysera ici la façon dont les recherches en nanotechnologies sont devenues un « terrain d’expérimentation » pour construire de nouveaux rapports entre science et société et faire émerger une
« société de la connaissance ». Or, Cap Digital a mis en place un groupe de travail sur l’innovation sociale et se mobilise sur le développement d’outils de gestion et d’échange de connaissances et de débat. Au-delà de la manière dont le débat sur les nanotechnologies a été géré (sur laquelle on pourra revenir), cette session vise à interroger en quoi le débat sur les nanos, mais, plus largement, la question du principe de précaution, nous obligent à repenser les outils de gestion de crise et de débat public ainsi qu’à poser à nouveaux frais la question fondamentale de la confiance (trust)

14h00-16h00
Introduction de Bernard Stiegler
Intervenants : Brice Laurent (Commission Européenne),
Ermelinde Malcotte (Paris X), Philippe Aigrain (Sopinspace)

16h30-18h30
Intervenants : Dominique Boullier (Sciences-Po), Jean Sallantin
(LIRM), Dorothée Benoit (VivAgora)

18h30-19h00
Débat animé par Jean Sallantin

18h30-19h00: Conclusion

CONFIANCE, DEFIANCE ET TECHNOLOGIES
19 et 20 décembre 2011
Centre Pompidou, Grande Salle

Quelle que soit sa forme, une société est avant tout un dispositif de production de fidélité. Croire en l’autre – et non seulement lui faire confiance – veut dire que l’on compte sur lui au-delà même de tout calcul, comme garant d’une inconditionnalité ; c’est à dire comme garantissant des principes, une droiture, une probité, etc. Ce sont les rôles tenus par les parents, les curés, les instituteurs, les agriculteurs, les officiers, etc. Ces personnages sont en cela chargés d’une sorte de mission surmoïque : ceux qui croient en eux investissent en eux – et aussi bien, dans la Nation, dans le Christ, dans la Révolution, mais aussi dans le projet social qu’ils incarnent et que doit aussi incarner tout entrepreneur selon Max Weber.

Nous savons depuis Weber que le capitalisme a transformé la nature de l’engagement qui structurait la société occidentale – fondée sur la foi propre à la croyance religieuse monothéiste – en confiance entendue comme calculabilité fiduciaire. Cependant, la crise du capitalisme qui s’est déclenchée en 2007-2008 nous a appris que la transformation de la fidélité en calculabilité opérée par les appareils fiduciaires, a rencontré une limite où le crédit s’est massivement renversé en discrédit. Ce processus, qui relève de ce que Weber et  Theodor W. Adorno désignèrent comme une rationalisation et qui conduit à un désenchantement, est essentiellement lié à un processus de grammatisation. Ce processus a pris une nouvelle dimension lors de la Renaissance grâce à l’imprimerie et a été l’objet de luttes politico-religieuses sans précédent pendant la Réforme. Au cours de ces luttes, la «pharmacologie de l’esprit» formée par le Livre et les livres, et la thérapeutique nécessaire que requièrent de tels « pharmaka» (des poisons qui sont aussi des remèdes) deviendront les thèmes d’un conflit spirituel au service d’une nouvelle thérapeutique religieuse et laïque.

Nul ne peut ignorer qu’avec le développement du numérique (qui est le stade le plus récent du processus de grammatisation) réapparaissent de grandes questions que posa l’imprimerie, et qui déclenchèrent en grande partie la Réforme puis la Contre-réforme : la confiance, dans le monde du metadataware, des réseaux sociaux et de la traçabilité (sans parler des questions de paiement sécurisé qui prennent ce sujet par son enjeu le plus superficiel) est devenue une question primordiale.

Or il faut ici faire un pas au-delà de cette question de la confiance : dans un contexte de crise économique, politique, morale, mentale et environnementale où c’est la technologie dans son ensemble qui est perçue comme un facteur de défiance (comme un pharmakon aux effets de plus en plus toxiques), cependant que toutes les relations sociales s’en trouvent affectées de près ou de loin où que l’on soit (du centre recherche au centre commercial en passant par l’entreprise, l’école, le foyer, etc .), l’enjeu est que l’espace public et le temps public numériques contribuent à la réélaboration de figures du crédit – c’est à dire de l’engagement et de l’investissement sous toutes leurs formes et au-delà de tout calcul – , crédit sans lequel la confiance et la fidélité qu’elle nécessite sont impossibles. Aucun doute que cette question est politique, sociale et même spirituelle tout aussi bien qu’économique et technologique.

Après avoir abordé la question de la défiance face aux nanotechnologies dans les Entretiens de 2010, nous tenterons cette année d’analyser les interactions entre facteurs sociaux, politiques, économiques, financiers, industriels et technologiques en matière de confiance et de crédit.

L’ouverture du colloque sera confiée à Agnès Saal (directrice générale du Centre G. Pompidou) et Ulrich Beck clôturera ces deux jours.

19 Décembre – 10h-12h30
SESSION 1 – HISTOIRE ET ANTHROPOLOGIE DE LA CONFIANCE

Etude des perspectives philosophiques, historiques, théologiques et anthropologiques sur la confiance, pensée dans le contexte contemporain du numérique et de la crise économico-politique, ou en relation avec le développement des processus de grammatisation et des dispositifs d’enregistrement des traces, depuis la crise induite par l’imprimerie jusqu’au développement du monde numérique contemporain.

Intervenants : Bernard Stiegler (IRI / Ars Industrialis), Michel Guérin (Univ. Aix-Marseille), Cynthia Fleury (American University, Paris), Paul Jorion (Chroniqueur Le Monde Economie)

19 Décembre – 14h00-16h30
SESSION 2 – SCIENCE, CONFIANCE, CALCUL ET SAVOIR

La confiance est-elle réductible au calculable (peut-elle se passer d’un incalculable) ? Est-elle réductible à une évaluation quantifiée des risques (financiers, sanitaires, nucléaires, technologiques, etc.) ou ne ressortit-elle pas de principes tout à fait différents, nécessitant de reconsidérer de nos jours et en totalité la question des savoirs démocratiques qu’une expertise technocratisée à l’extrême aurait discrédités et détruits ? Quelles issues peuvent-elles être envisagées pour surmonter la défiance qui s’installe entre société et sciences – elles-mêmes de plus en plus souvent apparentées à une logique de développement dont les effets pervers et les limites semblent s’étaler tout à coup sous nos yeux ? Peut-on imaginer que les technologies de la traçabilité soient mises au service d’un nouvel âge démocratique  des savoirs ?

Intervenants : Hidetaka Ishida (Univ. de Tokyo), Jean-Pierre Dupuy (, Alain Mille (Univ. Lyon 1 – Liris), Judith Simon (Institut Jean Nicod / Institut de Technologie de Karlsruhe)

19 Décembre – 16h35-19h00
SESSION 3 – ECONOMIE et  MARKETING

Dans le contexte décillant de la crise actuelle, on parle de plus en plus de nouveaux modèles de marketing, de publicité, mais aussi de monnaie. Le marketing en réseau ne reconstituent-ils pas, cependant, et en les aggravants, les effets ravageurs du consumérisme apparu au XXe siècle ? Au-delà du simple calcul des risques proprement une ingénierie de la confiance et de nouveaux espaces tentant de la recréer dits se sont développés, en particulier sur le Web. Quelles difficultés entendent-ils dépasser ? Quelles solutions proposent-ils et que penser de la demande sous-jacente qu’ils expriment ? A l’heure de la menace d’éclatement de la zone euro, un nouveau commerce – qui pourrait même se fonder sur de nouvelles formes de monnaies – est-il en train de s’inventer ?

Intervenants : Patrick Viveret, Laurence Fontaine (CNRS), Serge Perez (Les Ateliers Corporate), Marc-André Feffer (La Poste)

19 :00-22 :00
Carrefour des possibles de la Fing, présentation de projets de jeunes start-up innovantes
Suivi d’un cocktail, Forum-1, Centre Pompidou

20 Décembre – 9h30-13h
SESSION 4 – TECHNOLOGIES et DESIGN de la CONFIANCE

La fabrication de la confiance conduit-elle à la défiance (telles les cartes de fidélité) ? Quelles sont les stratégies des marques et du marketing tribal sur le Web? Les questions posées par le contrôle des données personnelles et le profilage refreinent-ils le développement de systèmes de contribution? Les approches cognitivistes peuvent-elles nous apprendre quelque chose sur les conditions de constitution de la confiance ?

Intervenants : Eddie Soulier (Laboratoire Tech-CICO, Univ. de Technologie de Troyes), Nicolas Auray (Télécom ParisTech), Hugo Zaragoza (Websays)

  • 12:00-12:35 Daniel Kaplan – Présentation des travaux récents sur la confiance conduits par la Fing
  • 12:35-13:15 – Alain Cadix- Présentation des travaux des élèves de l’ENSCI-Les Ateliers réalisés dans le cadre de Users Studio avec le concours de la Fing.

20 Décembre – 14h15-18h
SESSION 5 – CONFIANCE ET POLITIQUE

Dans quelle mesure les public data – qui viennent modifier en profondeur le rapport public/privé – sont-elles un enjeu pour les puissances publiques (collectivités territoriales et nationales, organisations internationales) ou privées (entreprises) désireuses de rétablir la confiance ? Ne risquent-elles pas d’aboutir à l’inverse de ce pour quoi certains y placent leurs meilleurs espoirs – constituant comme c’est apparu dans certaines expériences une soumission du secteur public aux intérêts privés ? Qu’en est-il des exceptions sur les données sensibles, dans le contexte récent des dossiers Wikileaks ? Et qu’est devenue la notion de vie privée au moment où « le privé » est devenu synonyme du profitable, et l’opposé de l’intimité – sinon la police privée – ?

Intervenants : Valérie Peugeot (Orange Labs) Kieron O’Hara (Univ. de Southampton, GB), Albert Ogien (CNRS /EHESS) , Catherine Fieschi (Couterpoint), Bernard Umbrecht

  • 17:30-18:30 Allocution de fin de colloque : Ulrich Beck

DIGITAL STUDIES :
Organologie des savoirs et technologies industrielles de la connaissance

Lundi 17 et mardi 18 décembre – Centre Pompidou, grande salle
Organisation : IRI, ENSCI-Les ateliers, Cap Digital
Entrée libre sur inscription : http://www.capdigital.com/evenements/enmi/

Cliquez ici pour télécharger le programme.

La question du savoir et de l’éducation est au cœur des grands enjeux nationaux et internationaux de cette rentrée. Pour leur 6ème édition, les Entretiens du nouveau monde industriel porteront sur le thème des technologies de la connaissance. Ce thème et celui de l’organologie des savoirs constituent les bases du projet Digital Studies conduit par l’IRI et ses partenaires.

Le but de ce colloque est d’appréhender la question des digital humanities à partir de la question plus large et plus radicale des digital studies conçues comme une rupture épistémologique généralisée – c’est à dire affectant toutes les formes de savoirs rationnels – mais aussi comme une rupture anthropologique – dans la mesure où, à travers les technologies relationnelles, ce sont aussi les savoirs empiriques sous toutes leurs formes, tels qu’ils constituent la trame de toute existence humaine, qui sont altérés.

Pour ce qui concerne l’Iri, l’ENSCI-les ateliers, Cap Digital et les partenaires associés à cette édition, cette approche « organologique » d’essence théorique vise à fournir des méthodes pour des activités pratiques de conception, de prototypages, de réalisation et d’expérimentation des instruments de recherche contributive, de production collaborative et de diffusion des savoirs dans la recherche, dans les enseignements supérieur et secondaire, et dans les entreprises comme dans l’ensemble de la société. Une telle ambition pratique impose sans doute de repenser en profondeur les liens entre politique culturelle, politique éducative, politique scientifique, politique industrielle, politique des médias et citoyenneté.

Programme :

- Lundi 17 décembre

Session 1 : Le numérique comme écriture et la question des technologies intellectuelles.

Les questions que le numérique pose à la science ne sont pas entièrement nouvelles : elles prennent corps à partir d’un fonds que l’on peut faire remonter au moins à l’apparition de l’écriture dans le monde antique, c’est à dire aussi à la configuration du savoir académique – entendu ici au sens où il fait référence à l’académie de Platon. Ces questions, en mobilisant aujourd’hui aussi bien les historiens du savoir que les neurosciences, font apparaître que le devenir du cerveau semble être indissociable de celui des supports artificiels qui constituent les savoirs.

9h30 – Introduction : Bernard Stiegler, IRI
10h15 – Maryanne Wolf, Tufts University
11h – David Bates, University of Berkeley
11h45 – Nathalie Bulle, Cnrs
12h30 – Warren Sack, University of Santa Cruz

Session 2 : Théories et pratiques de l’épistémologie dans les sciences de l’homme et de la société à l’époque du numérique

Issu de la technologie informatique, le numérique transforme aujourd’hui en profondeur aussi bien les pratiques que les objets des sciences de l’homme et de la société. C’est dans ce contexte qu’émergent des programmes et des départements d’humanités numériques (digital humanities) où la question d’une nouvelle épistémologie des instruments semble s’imposer, cependant que la publication des data et l’ouverture des savoirs, faisant apparaître des pratiques inédites de recherche contributive, rouvre à nouveaux frais le dossier du rapport entre le monde académique et son dehors.

14h30 – Dominique Cardon, Orange Labs
15h – Jean Lassègue, CREA-Polytechnique
15h30 – Pierre Mounier, CLEO

Session 3 : Software studies, digital humanities, digital studies

De même que Foucault avait mis l’étude des traces et technologies de l’archive qui constituent toute épistémè au cœur de son projet d’archéologie des savoirs, les software studies, qui explorent la question de l’algorithme, et qui sont largement inspirées par les questions, les hypothèses et les pratiques du free software, se sont développées entre informatique théorique, pratiques artistiques et projet social. Pendant ce temps, le paradigme des digital humanities s’est imposé un peu partout dans le monde. Mais est-il possible de questionner le numérique dans les sciences de l’homme et de la société sans le faire aussi dans les sciences mathématiques, les sciences physiques, les sciences de la vie, etc. ? Quel est alors le statut des savoirs matérialisés et appareillés par le numérique, notamment par la modélisation et la 3D et dans tous les domaines de la vie au regard des sciences de la cognition ?

16h30 – Matthew Fuller, Goldsmiths College
17h – Bruno Bachimont, UTC
17h30 – Hidetaka Ishida, Université de Tokyo

18h30 CARREFOUR DES POSSIBLES
- Mardi 18 décembre

Session 4 : Extended mind et tracéologie numérique

Il y a plus de vingt ans, les questions posées en sciences de la cognition par les instruments du savoir et leur extériorité par rapport au corps et à la conscience – aussi bien d’ailleurs que par rapport à l’inconscient– ont été posées notamment à travers les paradigmes de la cognition située et de l’esprit étendu (extended mind). Aujourd’hui, dans le contexte de la tracéologie généralisée induite par les capteurs, cookies, métadonnées, social web, etc., et au moment où les neurosciences commencent à s’intéresser aux formes anciennes et récentes d’extériorisation des savoirs par rapport au corps et donc au cerveau, s’impose la question de la trace sous toutes ses formes (vivantes, neuronales, techniques, institutionnelles, etc.), les processus d’extériorisation et d’intériorisation entre ces diverses instances devant être analysées en détail.

9h30 – Ed Cohen, Rutgers University
10h – Alain Mille, Liris/Cnrs
10h30 – Yannick Prié, LINA, Université de Nantes

Session 5 : Technologies industrielles de la connaissance et individuation collective

La numérisation généralisée affecte désormais massivement toutes les formes de savoirs, pratiques et théoriques, de la vie quotidienne aux mondes académiques. En pénétrant tous les milieux symboliques, elle installe l’industrialisation et la monétisation dans toutes les dimensions de la relation sociale en mettant en œuvre des technologies de transindividuation qui modifient le devenir de la langue et plus généralement les processus d’individuation collective, cependant que le nouvel espace de publication que constitue le web forme pour les institutions de savoirs leur chose publique – leur res publica : leur « république du numérique ».

11h15 – Frédéric Kaplan, EPFL
11h45 – Harry Halpin, IRI
12h15 – Alain Giffard, Ministère de la Culture
12h45 – Christian Fauré, Ars Industrialis

Session 6 : Enjeux industriels

Industries culturelles, médias de masse, édition connaissent une très profonde révolution où tous les modèles antérieurs sont à plus ou moins brève échéance voués à disparaître. Cela affecte directement les télécommunications aussi bien que les équipementiers électroniques. Dans le monde audiovisuel, l’éditorialisation doit être repensée en profondeur, cependant que le métier même de diffuseur est appelé à régresser au profit d’une nouvelle forme d’activité éditoriale. Des activités comme la lecture et l’écriture, qui ne peuvent plus être conçues indépendamment des liseuses et des réseaux sociaux, nécessitent de nouveaux instruments de travail individuel et collectif où se généralisent les langages d’annotation – qui supposent de nouvelles normes industrielles. Dans cette économie relationnelle, la question de la valorisation des externalités positives, qui deviennent une fonction économique cruciale, nécessite de nouveaux critères en matière de fiscalité.

14h30 – Bruno Patino, France Télévisions
15h – Jean-Luc Beylat et Jean-Baptiste Labrune, Alcatel Bell Labs
15h30 – Michel Calmejane, Colt Technologies
16h – Frédéric Vacher, Dassault Systèmes

Session 7 : Design, documentation, écriture et thérapeutique du pharmakon numériqueLes pratiques de la lecture et de l’écriture numérique sont désormais la réalité quotidienne aussi bien des documentalistes de l’enseignement secondaire que des écrivains, cependant que le monde artistique, en faisant de la digitalisation son matériau, investigue la nouvelle « pharmacologie » et ses « thérapeutiques ». L’esthétique peut ici contribuer aux digital studies en revisitant à partir des pratiques instrumentales des questions comme celles de l’attention, de la perception, de l’individuation à travers les œuvres, de l’expression, cependant que l’expérience des designers et des techniciens de la documentation viennent au premier plan.

16h45 – Victor Petit et Yves Rinato, ENSCI
17h15 – Cécile Portier, écrivain
17h45 – Marcel O’Gorman, University of Waterloo
18h15 – Jean-Louis Fréchin, ENSCI/ nodesign.net 

Partenaires scientifiques : Institut Mines-Télécom, Alcatel Bell Labs, France Télévisions
Partenaires Média : Knowtex, FING, France Culture, Philosophie Magazine (numéro de septembre consacré à ce thème).

Retrouvez l’intégralité des vidéos des ENMI Préparatoires 2012 à l’adresse suivante : http://ldt.iri.centrepompidou.fr/ldtplatform/ldt/front/medias?tag=Enmi%20Préparatoires%202012

Retrouvez le storify de l’événement: http://storify.com/IriResearch/session-one et http://storify.com/IriResearch/session-two

Retrouvez ici l’intégralité des vidéos des ENMI préparatoires 2012.

 

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