Ecologie de l’attention

23, septembre 2013  |  Publié : Events, Séminaires  | 

Sous la direction de Bernard Stiegler et Igor Galligo (Université Paris 1 / IRI / ENSAD)

L’apparition et le développement des medias numériques et audiovisuels dans nos environnements domestiques et urbains fait aujourd’hui l’objet de plusieurs inquiétudes auprès de la communauté scientifique et intellectuelle à propos des effets qu’ils engendrent sur nos capacités attentionnelles.Les études menées par Dimitri Christakis et Frederic Zimmerman sur la synaptogenèse mettent l’accent sur les liens entre la formation du cerveau et l’environnement multi-médiatique dans lequel il évolue aujourd’hui. Katherine Hayles, professeur à l’université de Duke, résume leur analyse : « La plasticité est une caractéristique biologique du cerveau ; les hommes naissent avec un système nerveux prêt à se reconfigurer en fonction de leur environnement. […] Le système cérébral d’un nouveau-né passe par un processus d’élagage par lequel les connexions neuronales qui sont activées dépérissent et disparaissent. […] La plasticité cérébrale se poursuit durant l’enfance et l’adolescence, et continue même à certains égards au cours de l’âge adulte. Dans les sociétés développées contemporaines, cette plasticité implique que les connexions synaptiques du cerveau co-évoluent avec des environnements dans lesquels la consommation de medias est un facteur dominant. Les enfants dont la croissance se produit dans des environnements dominés par les medias ont des cerveaux câblés et connectés différemment des humains qui n’atteignent pas dans de telles conditions la maturité.[1]»La mutation que constitue l’apparition des nouvelles technologies numériques a conduit à un changement cognitif majeur au niveau attentionnel, que Katherine Hayles décrit comme une mutation générationnelle posant de sérieux défis à tous les niveaux de l’éducation et de l’université.Cette mutation consiste dans le développement de ce qu’elle appelle une hyper attention, qu’elle oppose à ce qu’elle nomme la deep attention. Elle caractérise cette-dernière comme une captation de l’attention par un seul objet pendant une longue durée, telle la lecture d’un livre. L’hyper-attention, au contraire « est caractérisée par les oscillations rapides entre différentes tâches, entre des flux d’informations multiples, recherchant un niveau élevé de stimulation, et ayant une faible tolérance pour l’ennui. Les sociétés développées ont longtemps été capables de créer le type d’environnement qui permet d’aboutir à l’attention profonde. […] Une mutation générationnelle a lieu, passant de l’attention profonde à l’hyper-attention.[2]»Au delà de cette transformation neurologique, Bernard Stiegler nous prévient des dangers psychosociologiques et culturels que représente l’organologie actuelle des objets numériques et audiovisuels. La réception de ces objets suscite et développe chez le sujet une autre attitude cognitive que celle de l’attention profonde mobilisée au cours de la lecture d’un livre. Une première distinction tient au fait que l’opération de la lecture est dirigée par le lecteur alors que celle de la vision audiovisuelle est asservie au temps de l’appareil de projection : il en résulte que le temps de la lecture est en droit un temps « souverain », il est le temps possible de l’examen et de l’observation, d’une certaine maîtrise attentionnelle de l’objet ; alors que le spectacle audiovisuel a d’abord pour effet de capter le temps de conscience du spectateur, et tendance à l’entraîner passivement dans son flux.

A cette distinction s’y ajoute une autre : savoir lire c’est nécessairement savoir aussi bien écrire, et réciproquement, tandis que le spectateur audiovisuel classique est généralement réduit à une position de consommateur non producteur. Or, ce que Bernard Stiegler appelle « misère symbolique » tient notamment à cette dissociation entre des individus producteurs de symboles et la grande masse de ceux qui les reçoivent en ne pouvant que les consommer, sans en produire à leur tour.

Enfin, c’est le caractère singulier et singularisant de la transmission scolaire à travers l’écrit — et la médiation  décisive du « maître » — qui doit être opposé à la dimension massivement industrielle de la diffusion des programmes audiovisuels : ceux-ci ont la plupart du temps pour effet et même pour fonction de produire une « synchronisation » des consciences — de leur perceptions, de leur souvenirs, bref de leur expérience, qui devient ainsi plus proche d’un conditionnement —, là où l’on peut soutenir que l’enseignement scolaire et livresque, au contraire, tel que l’école de Jules Ferry en généralise le principe à l’ensemble de la société, vise en principe à la formation d’individus singuliers, c’est à dire porteurs d’un rapport à chaque fois inédit au savoir dans son ensemble : ainsi, en droit et en fait, dans la plupart des cas et même lorsqu’elle est pratiquée en commun — comme dans une classe —, la lecture est une opération foncièrement individuelle, qui à la fois requiert et développe une attitude d’attention mono-centrée, continue et soutenue, appelée attention profonde.

Il ne s’agit évidemment pas de dire qu’un objet numérique et audiovisuel ne permet pas de créer une attention profonde, mais de dire qu’en tant que pharmakon, il présente des caractéristiques qui sont aujourd’hui mises au service, dans le contexte des industries de programmes, d’un dispositif de captation et de dissémination de l’attention qui est essentiellement destructeur —, alors même que, de toute évidence, le cinéma est un art, il sollicite et construit une  attention profonde, et il est en cela le remède de ce poison.

La question décisive à laquelle nous souhaitons répondre au cours ce séminaire est donc de savoir comment le nouveau milieu technologique dans lequel se développent désormais les cerveaux et les esprits des nouvelles générations ne leur soit pas « toxique » ? A quels enjeux le design numérique et audiovisuel devrait-il répondre pour ne pas faire obstacle à la formation de l’attention profonde, mais au contraire participer à son développement ?

La question n’est pas de rejeter les psychotechnologies numériques et audiovisuelles, ni les industries culturelles : elle est de transformer ces psychotechnologies en technologies de l’esprit, en nootechnologies ; elles est de révolutionner ces industries, qui sont devenues l’infrastructure organologique de la bataille de l’intelligence, qui est elle-même une guerre politique et économique, et dont elles sont l’arsenal — en proposant des normes de régulation adaptées à cette situation, mais aussi en les inspirant et les dotant de secteurs de recherche et de développement sur ces questions, dont elles sont de nos jours encore trop dépourvues.

Ce séminaire est organisé avec la participation de :

Institut Mines-Telecom
ensad
GERPHAU


[1] Katherine Hayles, Hyper and Deep Attention : the Generational Divide in Cognitive Modes, Profession, 1er chapitre (article) 2007.

[2] Ibid.

Mercredi 13 novembre 2013 : Séance d’ouverture. Conceptualisation philosophique de la notion d’ « attention »
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Le concept d’attention est à prendre en plusieurs sens. Dans ses recherches Bernard Stiegler parle à la fois d’attention psychique et d’attention sociale, et fait entendre, parfois successivement, parfois simultanément, le sens perceptif ou cognitif (« être attentif ») et le sens pratique, éthique (« faire attention », prendre soin, la théorie du Care). Nous pouvons aussi ajouter un sens esthétique. Cette première séance se concentrera sur une définition opératoire de la notion d’attention. D’abord sur l’attention au sens psychique, c’est-à-dire la capacité d’un esprit à saisir – c’est à dire aussi à constituer – son objet ; puis sur son sens social, c’est-à-dire les fonctions pratique, éthique et esthétique procédant de cette fonction psychique. A la suite de cette présentation, seront expliquées les raisons pour lesquelles l’attention profonde est une modalité attentionnelle nécessaire aux fonctions sociales de l’attention. C’est enfin la dimension écologique des recherches et actions à entreprendre pour notre enjeu qui sera explicité.
Intervenants :
Bernard Stiegler, Igor Galligo,
Sandra Laugier
: Professeur de philosophie, directrice de l’unité de recherche ¨Philosophie contemporaine » à l’université Paris 1-Sorbonne et spécialiste des théories du care.

Mercredi 4 décembre 2013 : L’impact des environnements multimédiatiques sur le développement du syndrome de saturation cognitive 
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Le syndrome de saturation cognitive engendré par la prolifération des dispositifs technologiques cognitifs saturent nos capacités attentionnelles et réflexives. Dans la mesure où il existe aujourd’hui dans nos environnements professionnels, domestiques et urbains, un immense réseau de flux audiovisuels – c’est-à-dire de canaux et d’industries de programmes, qui, nous environnant, se disputent sans relâche notre attention – chaque dispositif et chaque programme lutte pour capter, arracher et conserver l’attention du spectateur ou de l’utilisateur dans son propre univers. L’accumulation des dispositifs et sollicitations audiovisuels, informatiques et de télécommunication, construit un écosystème toxique propice à l’apparition du syndrome de saturation cognitive, qui est autant la conséquence des industries de services que des industries culturelles et des industries de loisirs. Quelles répercussions ce syndrome a-t-il sur nos facultés cognitives et attentionnelles sur le long terme ? Quelles sont les pistes actuellement poursuivies par la recherche scientifique et technologique pour remédier à cette psychopathologie ?
Intervenants :
Charles Lenay
: Directeur de l’unité de recherche COSTECH et anciennement directeur de la thématique de recherche Cognitive Overflow syndrom à l’Université Technologique de Compiègne.
Manuel Zacklad : Professeur titulaire de la Chaire Expression et Cultures du travail du CNAM et directeur du laboratoire DICEN (Dispositifs d’Information et de Communication à l’Ere Numérique).

Mercredi 22 janvier 2014 : L’attention comme nouvelle valeur économique
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Les technologies numériques et audiovisuelles, et les industries de services qui se développent avec elles, sont à présent elles aussi confrontées à ce que l’on pourrait appeler le syndrome de l’hyper-sollicitation de l’attention par les nouveaux médias, ce qui amène les sciences cognitives à s’engager aujourd’hui dans des programmes de recherche en cognition de l’attention. Et sur ce registre, la micro-économie fait dès lors de l’attention son nouvel objet – abandonnant progressivement le modèle de la micro-économie de l’information, qui, comme science de la gestion appliquée au marketing, avait menée à une surabondance informationnelle, telle qu’il en résulte à présent que la ressource rare et cruciale n’est plus l’information mais l’attention des individus. Les consommateurs et les autres agents économiques disposent d’un temps réduit et de capacités limitées pour traiter et analyser des flux d’information sans cesse croissants. Les individus étant détenteurs d’une quantité d’attention limitée, ils peuvent l’allouer à différents usages en fonction de l’utilité qu’ils en retirent. Les firmes ne sont donc pas seulement exposées à une situation de fournisseur d’informations, fussent-elles correctes, mais aussi à une situation de capteur d’attention. Comment l’économie de l’attention s’est-elle constituée ? Quel est son avenir ? Et surtout quels sont ses objectifs poursuivis : s’agit-il au bout du compte de protéger nos consciences de la surcharge informationnelle ou de maximiser les profits, c’est-à-dire l’exploitation des cerveaux, en tenant compte d’une nouvelle donne : l’attention comme rareté ?
Intervenants :
- Emmanuel Alloa
: Professeur à l’Université de Saint-Gall (Suisse), Senior Fellow auprès du Centre eikones sur l’image à l’université de Bâle et enseignant en esthétique au département d’Arts plastiques de l’Université de Paris VIII.
- Georg Franck : Économiste, architecte, urbaniste, professeur à l’université technologique de Vienne

Mercredi 19 février 2014 : Les pathologies de l’attention et de la mémoire, histoire et évolutions contemporaines.
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Dans le champ scientifique et médical, les représentations et définitions de l’attention n’ont cessé d’évoluer depuis le 19ème siècle, en rapport avec l’histoire de ses pathologies, auxquelles sont aujourd’hui associées certaines pathologies de la mémoire. Cette séance sera consacrée à une présentation de cette histoire, jusqu’aux recherches contemporaines menées en neurosciences, considérant l’apparition des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication comme un nouveau facteur épidémiologique.
Intervenants :
- Francis Eustache
est directeur de recherche à l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM), et directeur d’études à l’École Pratique des Hautes Études (EPHE). Spécialiste en neuropsychologie de la mémoire humaine, il dirige à Caen des recherches sur les troubles de la mémoire et le diagnostic précoce des maladies neurodégénératives. Il est également directeur de Cyceron, plate-forme d’imagerie où sont menées depuis 1985 des recherches biomédicales dans le domaine des neurosciences. Il est notamment l’auteur du « Traité de neuropsychologie clinique », paru chez de Boeck, en 2008.
- Michael Hagner : est médecin et historien des sciences, professeur titulaire et membre du Centre d’Histoire de la connaissance à l’École polytechnique fédérale de Zurich (ETH Zurich). Il est devenu célèbre pour son travail sur l’histoire de la recherche sur le cerveau à travers son ouvrage : « Cerebralis Homo. La transformation de l’organe de l’âme au cerveau », Island, Francfort 2000. Il a notamment reçu en 1995 la bourse Heisenberg de la Fondation allemande pour la recherche (DFG), en 2000 l’ « Academy Award » de l’Académie de Berlin-Brandebourg des sciences, en 2008 le Prix Sigmund Freud pour la prose scientifique, décerné par l’Académie allemande de langue et de littérature de Darmstad.

Mercredi 5 mars 2014 : Le marché de l’attention et l’avènement de la publicité numérique
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Nous assistons aujourd’hui à une migration de la croissance des marchés publicitaires des médias traditionnels vers les medias numériques. Les deux principales poches de croissance du marché de la publicité résident actuellement sur deux supports : la vidéo sur internet et la publicité sur mobile. La consommation de médias sur les terminaux mobiles (smartphones et tablettes) est déjà bien installée mais encore mal monétisée. A titre d’illustration, une comparaison simple entre le temps passé par les utilisateurs sur mobile et le marché publicitaire correspondant laisse espérer uniquement aux USA un potentiel de plus 20 milliards de dollars par an. Le marché de la publicité mobile devrait, dans tous les cas, à horizon 2016 dépasser les annonces sur Internet. Il reste encore et surtout à évaluer quel sera l’impact de l’entrée imminente de nouveaux acteurs de taille comme Facebook ou Twitter sur ces marchés, et sans oublier l’attention des industries publicitaires au futur coup porté sur nos capacités attentionnelles ?
Intervenants :
- Philippe Tassi : Docteur en statistique économique diplômé de l’ENSAE, Philippe Tassi fut d’abord chef des statistiques structurelles des entreprises de l’INSEE, avant d’être directeur des études de l’ENSAE de 1981 à 1989. Directeur scientifique et technique de MEDIAMETRIE depuis 1990, il est aujourd’hui directeur général adjoint de cet institut de sondages de radio et de télévision.
- Philippe Legendre : Directeur délégué de l’Institut de Recherches et d’Études Publicitaires.

Mercredi 2 avril 2014 : L’attention et la dynamique des écrans et images virtuelles
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Depuis l’apparition des premières images cinématographiques, le monde des choses s’anime et tressaute au rythme du défilement de la pellicule. L’automatisme programmé ou spontané, souvent mis en oeuvre par le cinéma conjugue l’histoire du cinéma à celle du modernisme, y compris dans ses dysfonctionnements. Il suffit, note Karl Marx, que l’objet ordinaire devienne marchandise pour que s’ouvre l’ère fétiche de la production, comme si une table se dressait sur sa tête de bois « en face des autres marchandises » pour se livrer « à des caprices plus bizarres que si elle se mettait à danser ». Pourquoi le montage cinématographique des images est-il de plus en plus serré ? Quelle est la logique économique du cinéma ? Quelles dynamiques visuelles et attentionnelles sont également produites par nos écrans numériques ? Quelles sont les conséquences organologiques, c’est-à-dire techniques, physiologiques et sociales, de l’accroissement de la dynamique des images virtuelles ?
Intervenants :
- Jonathan Beller : Professeur en Humanités et Media Studies et en Critical and Visual studies au Pratt Institute de New York. Spécialiste des questions sur l’attention, il est notamment l’auteur de The Cinematic Mode of Production: Towards A Political Economy of the Society of the Spectacle, paru en 2006 au éditions University Press of New England, qui lui valut une nomination au « Book Award for outstanding scholarship in film and media studies », et Acquiring Eyes : Philippine Visuality, Nationalist Struggle and The World Media-System, paru en 2006 aux éditions Ateneo de Manila University Press. Parmi ses ouvrages à paraître, nous pouvons citer : Wagers Within the Image: Computational Capital and Aesthetics of Survival et The Rain of Images : Media Logistics of Postmodern Fascism.
- Arnauld Pierre : Professeur en histoire de l’art contemporain à l’Université de Paris-Sorbonne (Paris IV), Arnauld Pierre appartient depuis 2006 à l’équipe de recherche sur l’art du XXe siècle du Centre André Chastel. Son domaine de recherche englobe les sources et l’imaginaire de la modernité considérée dans le champ élargi de la culture scientifique et visuelle, des utopies du langage et des politiques de la perception et de la vitesse. Ces thématiques sont ancrées dans trois moments historiques privilégiés : l’ère des avant-gardes et le passage à l’abstraction, l’après-guerre et l’art optico-cinétique, l’époque contemporaine, les néo-avantgardes et les tendances archéomodernistes. Il est notamment l’auteur de « Calder. Mouvement et réalité » publié aux éditions Hazan en 2009, et fut commissaire de l’exposition « L’Oeil moteur » au Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg en 2005.
- Thierry Baccino : Professeur à l’université Paris VIII en psychologie cognitive des Technologies Numériques, Thierry Baccino est directeur scientifique du Laboratoire des Usages en Technologies d’Information Numériques à la Cité des Sciences et de l’Industrie. Il est également directeur du Living Lab Européen IUL (Integrative Usage Lab) et Vice-Président de la division 14 de l’ « International Association of Applied Psychology ». Il a notamment publié « La lecture électronique », aux PUF. (Coll. Sciences et Technologies de la Connaissance) en 2004, et « Mesure de l’utilisabilité des Interfaces », chez Hermès Science Publisher en 2005.

Mercredi 28 mai 2014 : Les nouveaux enjeux de l’art et du design face à la dissémination de l’attention
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Nous souhaitons faire porter cette avant-dernière séance sur les nouveaux enjeux de la recherche en arts et en design en rapport avec le problème soulevé de la dissémination de l’attention. L’importance de penser et de réaliser de nouveaux dispositifs numériques et audiovisuels favorisant un développement et une utilisation optimale de notre attention profonde s’impose comme une nécessité psychosociale de premier ordre. Que peut-on attendre de l’innovation en art et en design face à ce problème écologique ? Quelles sont les réponses déjà apportées par les artistes et les designers aux problèmes attentionnels de ces transformations organologiques ?
Intervenants :
- Bernard Kahane : Directeur de l’Ecole nationale supérieure de création industrielle, docteur en médecine et en stratégie diplômé de l’École des Hautes Études Commerciales de Paris. Bernard Kahane est chercheur au LATTS (Laboratoire Techniques Territoires et Société) à l’Ecole Nationale des Ponts et Chaussées (Université Paris-Est/CNRS) et à l’IFRIS (Institut Francilien Recherche Innovation Société). Ses travaux portent sur les innovations de rupture et sur les liens entre narration et action. Jusqu’en 2013 il enseignait  au sein de l’ESIEE (Ecole d’Ingénieurs de la Chambre de commerce et d’industrie de région Paris Ile-de-France) la gestion  de l’innovation et de la stratégie
- Samuel Bianchini : Artiste et enseignant-chercheur à l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs (EnsAD), responsable du programme de recherche « Reflective Interaction » de l’EnsadLab, laboratoire de l’EnsAD. Ses recherches interrogent l’incidence des dispositifs technologiques sur nos modes de représentation, nos nouvelles formes d’expériences esthétiques et nos organisations socio-politiques. Ses réalisations l’amènent à collaborer avec des scientifiques et des laboratoires de recherche en ingénierie tels que l’IETR (Institut d’électronique et de télécommunications de Rennes), Orange Labs ou encore le CEA (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives, Saclay). Ses œuvres sont régulièrement exposées en France et à l’étranger : Art Basel 2013, Institut français de Tokyo, Stuk Art Center (Leuven), Centre Georges Pompidou (Paris), Deutsches Hygiene-Museum (Dresde), etc.
-Chris Younes : docteure et HDR en philosophie, psychosociologue, est professeure à l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Paris-la-Villette et à l’ESA (Ecole Spéciale d’Architecture). Elle est directrice du laboratoire Gerphau (philosophie, architecture, urbain) UMR CNRS LAVUE et responsable du Réseau International PhilAU. Elle est également membre du Conseil scientifique d’Europan et du réseau européen de recherche ARENA (Architectural Research Network), ainsi que de la revue « L’esprit des villes ». Ses travaux et recherches développent une interface architecture et philosophie sur la question des lieux de l’habiter, au point de rencontre entre éthique et esthétique, ainsi qu’entre nature et culture. Parmi ses ouvrages : « Habiter, le propre de l’humain », (dir. Th. Paquot, M. Lussault et C. Younès), éd. La Découverte, 2007 ; « Architecture des Milieux » (dir. C.Younès, B. Goetz), Le Portique, 2010 ; « Philosophie de l’environnement et milieux urbains », (dir. Th. Paquot et C. Younès), éd. La Découverte, 2010 ; « Espace et lieu dans la pensée occidentale. De Platon à Nietzsche » (dir. Th. Paquot, C. Younès), La Découverte, 2012 ; « Perception, architecture, urbain », (dir. C. Younès, X. Bonnaud), Infolio, 2014.
- Igor Galligo : IRI / EnsadLab

Vendredi 20 juin 2014 : Solutions écologiques, politiques et soma-esthétiques au problème de la destruction de l’attention profonde
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L’attention est la raffinerie mentale qui forme la matière première information en savoir : une richesse dont il faut pendre conscience et dont il faut prendre soin. Le lieu traditionnel pour un tel soin est l’école qui depuis la fin du 18ème siècle utilise l’attention comme la pierre angulaire pédagogique de l’éducation (Bildung). Qu’en est-il devenu à l’ère numérique et audiovisuelle, et des transformations engendrées par le capitalisme hyperindustriel ? Quelles sont les voix de transformations possibles pour lutter contre la dissémination de l’attention ? Quelles alternatives organologiques peut-on penser pour organiser la formation et le redéveloppement de l’attention profonde ?

Télécharger le lexique du prochain livre d’Yves Citton intitulé Pour une écologie de l’attention.

Intervenants:
- Yves Citton : Professeur de littérature française du XVIIIe siècle à l’université de Stendhal-Grenoble 3. Il a été enseignant à l’Institut d’Études Politiques de Paris, ainsi qu’aux l’universités de Yale et de Pittsburgh aux États-Unis. Il est membre de l’unité de recherche LIRE (CNRS 5611) et codirecteur de la revue Multitudes. Il a dirigé le numéro 54 de la revue Multitudes : « Nouvelles luttes de classes sur le web : Économie de l’attention et exploitations numériques », et codirigé à l’Université Stendhal-Grenoble 3, en novembre 2013, le colloque : « L’économie de l’attention au carrefour des disciplines ». Il a publié récemment Pour une écologie de l’attention (Seuil, 2014), L’économie de l’attention. Horizon ultime du capitalisme ? (La Découverte, 2014), Gestes d’humanités. Anthropologie sauvage de nos expériences esthétiques (Armand Colin, 2012), Renverser l’insoutenable (Seuil, 2012), Zazirocratie (Éditions Amsterdam, 2011), L’Avenir des Humanités. Économie de la connaissance ou cultures de l’interprétation ? (La Découverte, 2010), ainsi que Mythocratie. Storytelling et imaginaire de gauche (Éditions Amsterdam, 2010).
- Graham Burnett : Historien des sciences, écrivain, éditeur et professeur à l’université de Princeton. Il a auparavant enseigné à l’université de Yale et fut boursier Mellon en sciences humaines à l’Université de Columbia (1997-1999 ). Depuis 2013, il est également Guggenheim Fellow et chercheur au Bard Graduate Center de New York. Parmi ses publications, nous pouvons citer : « Descartes And The Hyperbolic Quest : Lens Making Machines And Their Significance In The Seventeenth Century » publié à l’American Philosophical Society en 2005, et « Trying Leviathan: The Nineteenth-Century New York Court Case That Put the Whale on Trial and Challenged the Order of Nature », publié aux Princeton University Press, en 2007. En 2008, il devient rédacteur en chef de la revue d’art « Brooklyn Cabinet », et devient membre du comité de rédaction de la Revue Lapham. Il travaille actuellement sur ​​les liens entre les sciences et les arts visuels, notamment autour de recherches en histoire de l’attention à travers l’étude des pratiques attentionnelles de la secte internationale « The order of the third bird », qui se constitua au début du siècle dernier.
- Justin Erik Haldor Smith : est professeur des Universités, au département d’Histoire et de Philosophie des Sciences de l’Université Paris Diderot – Paris VII. En 2012, il a été professeur au département de philosophie de de l’université Concordia, à Montréal. En 2011, il fut membre de la School of Historical Studies, Institute for Advanced Study de l’université de Princeton aux Etats-Unis, et Research Fellow à l’Institut für Philosophie de la Humboldt-Universität de Berlin. Parmi ses publications, nous pouvons recemment citer : (Avec Ohad Nachtomy) The Life Sciences in Early Modern Philosophy (Oxford University Press, 2013) ; (avec Mogens Lærke, Eric Schliesser)  Philosophy and Its History: New Essays on the Methods and Aims of Research in the History of Philosophy (Oxford University Press, 2013) ; (avec Ohad Nachtomy) Machines of Nature and Corporeal Substances in Leibniz, Dordrecht: Springer Synthese New Historical Library, 2011. Paraitront : Nature, Human Nature, and Human Difference: Race in Early Modern Philosophy, under contract with Princeton University Press (2014) ; The Philosopher : A Short History, from Princeton University Press (2015) ; A Global History of Philosophy, to 1700, under contract with Princeton University Press, 2017
- Igor Galligo : IRI-Centre Pompidou / EnsadLab

Informations pratiques : la dernière séance du séminaire aura lieu le vendredi 20 juin, de 17h30 à 20h00, en Salle Triangle. Toutes les interventions seront en français.
L’entrée est libre sur inscription. Pour toute information complémentaire : 01 83 87 63 25
Inscriptions :
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