Spectacle en ligne(s)

18, février 2013  |  Publié : Projets  | 

Retrouvez le site du projet, les outils et les accès au corpus Spectacle en ligne(s) sur spectacleenlignes.fr

Résumé du projet

Le projet Spectacle En Ligne(s) poursuit l’objectif de constituer pour les chercheurs, les enseignants et le public un corpus original de captations de répétitions de théâtre et d’opéra afin d’aborder un champ de recherche encore peu exploré faute de corpus adapté : celui de l’analyse génétique des œuvres.

Depuis peu la critique artistique et notamment les études théâtrales travaillent à partir de corpus vidéo pour analyser et cherchent à comprendre comment le processus créatif évliue dans le temps. Ce type de recherche nécessite un dispositif complet que Spectacle en ligne(s) s’efforce de mettre en place : une méthodliogie de captation et un dispositif audiovisuel industriel à bas coût, des méthodes d’indexation adaptées et un modèle de données interopérable et ouvert, ainsi que des outils de publications scientifiques, pédagogiques et grand public, dans un contexte contributif où le public amateur aspire à de nouvelles situations de confrontation aux œuvres.
L’outil, ainsi que les archives constituées au cours du projet, seront mis librement à disposition de la communauté des chercheurs en SHS en France et à l’étranger.

Le projet comporte quatre enjeux principaux qui visent à une interdisciplinarité en Sciences humaines et sociales (Théâtre/Opéra) et à des croisements directs avec les Sciences de l’information :

  1. un enjeu dans le champ de l’étude de la mise en scène en partant de deux champs d’expérience : le Théâtre et l’Opéra avec l’idée de développer une méthodologie et des outils focalisés sur l’analyse génétique des œuvres à base de captations vidéos. L’objectif d’un tel dispositif est d’une part, une meilleure transmission des savoirs, des métiers, des “façons de faire” pour une meilleure compréhension et donc un meilleur sens critique du travail de création et des différents éléments qui la constituent. D’autre part, une meilleure transmission de l’histoire du théâtre puisque pour la première fois on pourra offrir une mémoire visuelle du travail théâtral aux étudiants et futurs professionnels et nourrir leur capacité d’innovation par une connaissance d’exemples des travaux passés.
  2. un enjeu industriel pour la conception et le développement d’un outil simple et fiable pour la captation, l’indexation, l’analyse et la publication d’archives enrichies
  3. un enjeu d’ingénierie documentaire en proposant une approche utilisant massivement les standards émergents du Web sémantique (ontologie de tags/RDF) et du Web audiovisuel (W3C mediafragment/HTML5)
  4. un enjeu d’ingénierie sociale et d’analyse sociologique, en développant d’une part des stratégies d’annotation et d’analyse collaboratives associant le public et d’autre part en étudiant les dynamiques sociales liées à l’engagement des amateurs en lien direct avec les productions professionnelles.

Consortium

Consortium Spectacle en ligne(s)ANR

Projet soutenu par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) dans le cadre du programme CORPUS

Coordinateur : Nicolas Sauret (IRI) : nicolas.sauret@iri.centrepompidou.fr

Contexte, positionnement et objectifs de la proposition

Pourquoi les gens de théâtre n’ont-ils jamais envie de filmer leurs spectacles pour les garder comme archives ? (..) Ce serait très simple : la caméra au milieu de l’orchestre avec un objectif moyen – mais pas le zoom, qui donnerait déjà lieu à une interprétation.

Jean-Luc Godard , Conversation avec R. Allio et A. Bourseiller, Cahiers du cinema n° 177. Avril 1966.

Depuis ce propos provoquant tenu par Jean-Luc Godard en 1966, la situation a considérablement évolué dans le domaine du spectacle vivant :

  • la vidéo s’est démocratisé et a été très tôt utilisée comme instrument de travail notamment dans le domaine de la Danse.
  • des captations sont réalisées plus systématiquement par les théâtres, au moins au moment de la création de l’œuvre.
  • nous entrons aujourd’hui dans l’ère des Digital Humanities, qui voit toutes les disciplines artistiques et en Sciences humaines et sociales utiliser l’outil numérique et l’audiovisuel.
  • le Web devenant de plus en plus audiovisuel, les archives du spectacle vivant trouvent un nouveau canal de diffusion à condition d’avoir pensé correctement leur indexation, gage de leur visibilité.

Le projet Spectacle en Ligne(s) s’inscrit notamment dans la suite de deux projets, un projet de recherche SHS dans le champ de la musicologie et un projet d’expérimentation dans le champ des outils documentaires pour les archives de la recherche en SHS :

  1. le projet d’analyse génétique d’une oeuvre musicale conduit depuis 2004 à l’ircam par Nicolas Donin et l’équipe Analyse des pratiques musicales. Projet initié pour suivre la création de deux œuvres du compositeur Philippe Leroux et qui s’est prolongé dans d’autres domaines dans le cadre du projet ANR Création MUTEC qui a largement inspiré le présent projet (http://apm.ircam.fr/MUTEC/). Ce projet, soutenu par l’ANR de 2009 à 2012, vise à documenter et interroger la spécificité d’un ensemble de techniques de composition caractéristiques de la musique contemporaine savante occidentale, par l’étude approfondie et coordonnée de plusieurs processus créateurs représentatifs de la musique des XXe et XXIe siècles, documentés au moyen d’archives de l’activité créatrice (esquisses, brouillons, etc.) et/ou d’entretiens approfondis avec les compositeurs La méthode et les références du programme sont à la croisée de plusieurs domaines disciplinaires complémentaires : musicologie, critique génétique, sciences cognitives.
  2. le projet AnthropoNet pour l’étude des bonnes pratiques pour l’indexation des archives audiovisuelles de la recherche en anthropologie, soutenu en 2008 par le TGE Adonis. Ce projet qui associait plusieurs laboratoires d’anthropologie et d’ethnomusicologie avec des musées et des équipes de recherche STIC (dont l’Iri) a permis d’étudier divers stratégies de constitution de corpus audiovisuels scientifiques, de travail collaboratif et de publication vers le public notamment des musées. Les outils et méthodes d’analyse audiovisuelle de l’iri ont été confrontées aux pratiques scientifiques dans ce projet puis dans le projet ANR SHS Tic Tac pour l’analyse du processus de créativité par la vidéo et à présent pour différentes communautés de recherche SHS (architecture au Cresson Grenoble, Histoire à Paris 1-Master de Sylvie Lindeperg, sociologie à l’Institut Télécom, …).

Au delà de cette double origine (critique artistique et stratégie documentaire) qui va guider les fondements méthodologiques de notre projet, Spectacle en Lignes a une visé interdisciplinaire ambitieuse et vise les objectifs suivants :

  1. un objectif de recherche en étude du spectacle vivant et notamment sur la génétique des productions d’opéra et de théâtre
  2. un objectif de recherche en ingénierie documentaire pour concevoir un corpus d’archives du spectacle vivant indexé de manière à tirer parti de la puissance du Web sémantique et du Web social (tagging et réseaux sociaux) et fournir à la communauté des chercheurs travaillant sur le spectacle vivant des outils et ressources ouvrant à de nouvelles capacités de « search » mais aussi à de nouvelles formes de publication scientifique
  3. une recherche sur les nouvelles formes de publication collaborative associant le public spécialisé ou les amateurs au sens large, accompagnée d’une recherche philosophique et sociologique sur les enjeux de cette nouvelle confrontation du public au processus de création.
  4. enfin un objectif de recherche technologique pour la conception d’un dispositif permettant de facilement mettre en place une chaine de captation et d’indexation des contenus filmés.

Sur ce dernier objectif, il s’agit en fait de faciliter l’accès aux techniques de captation et montage vidéo dans le monde du théâtre et du spectacle vivant, et d’appareiller les corpus vidéo de captation avec des dispositifs d’exploration et de navigation couplés à un système d’annotation collaborative.
Les caméras « Full HD » actuelles permettent d’enregistrer une image de la scène avec une résolution suffisante pour en extraire toute une gamme de plans (du plan large au gros plan) sans dégradation visible de l’image. Ceci permet en principe au monteur de « recadrer » cette image de facon dynamique pendant le montage, et donc de reproduire au montage le regard du spectateur. C’est ce que le monteur Walter Murch appelle le « montage vertical ». Cette technique présente un intérêt immense pour le monde du théâtre puisqu’il lui permet de s’affranchir des opérateurs et cadreurs de cinéma pendant la captation, et de prendre le contrôle du cadre au moment du montage. Cependant, le montage est également une opération technique complexe et laborieuse, qui requiert une connaissance approfondie de logiciels spécialisés.
Le projet répond à l’origine à une demande formulée par le théâtre des Célestins à Lyon pour effectuer la captation de ses répétitions et utiliser ces enregistrements pour proposer une autre expérience aux spectateurs. Pour répondre à cette demande, il nous parait important de proposer un système technique qui soit (1) autonome et (2) interactif.

Captation vidéo autonome : Nous proposons d’utiliser un système de captation en caméras fixes, qui ne nécessite pas la présence d’un cadreur. En effet, le cadrage sera effectué en post-production, à l’aide de techniques d’analyse d’images développées spécifiquement par l’INRIA dans le cadre d’une thèse de doctorat.
Une seconde partie du travail proposé par Spectacle en Ligne(s) consistera à formaliser les règles de base du montage au cinéma, qui imposent des contraintes strictes entre les cadrages successifs. En effet, le cadrage transforme les positions des acteurs à l’écran, ainsi que les directions de leurs regards et de leurs mouvements. Le montage doit assurer la continuité de ces différents éléments au cours du temps, ce qui limite en pratique le nombre de combinaisons possibles des cadres. Des algorithmes spécifiques seront développés par l’INRIA et Ubicast pour limiter le nombre de choix de cadres et de montages proposés à l’utilisateur.
Une formalisation des règles de montage a été conçue et mise en œuvre par Rémi Ronfard, chercheur INRIA, dans le contexte de l’animation 3D. Dans le cas de prises de vues réelles à partir d’un seul point de vue, le problème devra être reformulé et faire l’objet de recherches originales. Ce thème de recherche est nouveau pour l’INRIA et s’inscrit dans la création d’une nouvelle activité dédiée à l’aide à la création artistique par ordinateur.

Montage automatique et interactivité : Les outils de cadrage et montage automatiques utilisés pour le projet Spectacle en Ligne(s) seront mis au service de l’équipe du théâtre afin de lui proposer des « suggestions de montage ». En ce sens, le système agira comme « générateur de films». Cette fonction sera intégrée dans une application interactive permettant au metteur en scène de monter son film le plus rapidement possible, sans connaissances des techniques du montage vidéo. Au lieu de manipuler directement les « rushes » et les « timelines » d’un logiciel de montage, le metteur en scène pourra corriger les cadres directement à l’écran pendant la lecture du film en cours de montage, à l’aide d’un petit nombre d’opérations intuitives et rapides : ajouter un cadre, couper d’un cadre à un autre, interpoler deux cadres, rétablir un cadre, etc.

L’intégration d’un logiciel de montage automatique dans un environnement interactif permettra de valider notre approche par des études utilisateurs quantitatives (mesure du temps passé sur un montage, analyse de l’historique des interactions) et qualitatives (enquêtes de satisfaction, évaluations subjectives).

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